jeudi 8 juillet 2010

Lectures



Aujourd'hui, je vais rendre les derniers ouvrages que j'ai empruntés à la bibliothèque. Un peu polarde, ces derniers temps...

Certains de ces livres sont des témoignages de profs en ZEP : Tombeau pour un collège, 2008, de Mara Goyet, professeur d'histoire-géographie depuis 10 ans et Ecole terrain miné, 2005, de Carole Diamant, professeur de philosophie à Saint-Ouen depuis 15 ans. Ce sont des livres vite lus qui narrent des moments d'une expérience professionnelle dans des établissements difficiles et amorcent quelques réflexions sur l'état de l'institution scolaire. J'y retrouve beaucoup de notre vécu au collège. C'est à la fois rassurant (je ne suis pas la seule...) et inquiétant : nous sommes loin d'être une exception. Le fil conducteur des livres est pour l'un l'autorité, l'autre la transmission. Les témoignages oscillent entre moments de découragement et moments de grâce porteurs d'espoir, le lot de notre métier.

Portrait de l'écrivain en IUFM, 2004, La Dispute, de Jean-Claude Montel raconte les premières expériences d'animation d'atelier d'écriture de l'auteur avec des professeurs stagiaires d'école. C'est un livre écrit à la va-vite et assez agaçant par le ton souvent méprisant (bien qu'il s'en défende) de l'auteur. Quelques évocations de la pédagogie mise en oeuvre dans des classes de CM2 ont retenu mon attention mais rien n'est vraiment approfondi.

Pour rire (jaune ?), toujours sur les ateliers d'écriture mais cette fois en direction des élèves, le livre à l'humour grinçant que je viens de terminer : L'atelier d'écriture de Chefdeville, 2009, Le Dilettante.

Les oubliés de l'école en France, ouvrage réalisé par l'Observatoire de l'enfance en France sous la direction de Gabriel Langouët (Hachette 2003) rassemble différentes contributions dont celles d'enseignants-chercheurs sur le sujet de l'état du système éducatif. Dans la 3ème partie , une réflexion sur la violence à l'école et la 4ème partie : "Des initiatives face aux décrochages " n'ont pas perdu de leur actualité.

vendredi 2 juillet 2010

Trajets


Je refais une fois encore mon trajet : RER A, changement à Opéra puis ligne 7. Le couloir qui relie Auber à Opéra est violemment éclairé de rouge. Assis en tailleur devant les tapis roulants, le même homme à l'âge indéfini, certainement encore jeune, salue sans se lasser les voyageurs pressés : Bonne journée ! Bonne journée !
Vite, s'engouffrer dans un des grands ascenseurs, grimper un escalier, suivre le couloir courbe jusqu'au quai, se positionner à l'endroit de la sortie. A Quatre Chemins, un courant d'air puissant nous accueille, glacé en hiver. Dans le couloir qui mène à l'extérieur, il y a souvent une femme qui mendie d'une voix plaintive, parfois avec un enfant dans les bras. Dehors, à croupetons devant la banque c'est un vieil homme. Ne pas s'habituer.



Affichée dans les compartiments du métro, pourquoi suscite-t-elle en moi cet agacement? Le regard est perdu dans le lointain, l'expression pensive. Elle est absorbée dans ses réflexions sur son métier de prof. Par la mise en scène du discours indirect rétrospectif de cette "Marianne", l'affiche publicitaire vante l'engagement et le sérieux des profs employés par une société privée de cours particuliers.
Pressée et bringuebalée au milieu de la foule compacte des travailleurs du matin, je vais retrouver mes élèves, ceux qui ne croient plus à l'intérêt de l'école sinon pour en faire un grand terrain de jeu, ceux dont on ne peut pas s'occuper comme il le faudrait parce que leurs difficultés sont énormes et la classe trop chargée (quoi qu'on en dise ! ), ceux dont la famille se désintéresse ou dont les conditions de vie ne sont pas supportables. Trouveront-il une place, eux, pour l'envie d'apprendre ?

jeudi 1 juillet 2010

Hier et aujourd'hui


Près de la mairie d'Aubervilliers, sur les grilles du square Stalingrad, des photographies de Willy Ronis et de photographes contemporains albertivillariens (on dit comme ça !) sont accrochées.
Des enfants et des adolescents d'Aubervilliers regardent l'objectif ou, ignorant la présence du photographe, apparaissent absorbés dans les occupations de leur quotidien, à l'école, chez eux ou dans la rue. Certains ont été photographiés enfants et des années plus tard, jeunes adultes.
L'enfance dans le regard de Willy Ronis, c'est jusqu'au 31 juillet.




Toujours à Aubervilliers, 60 ans plus tard, mes élèves de NSA très concentrés !

mercredi 30 juin 2010

Un parfum de vacances



Après les représentations de fin d'année - concerts des chorales, représentation de la pièce Le bal des voleurs de Jean Anouilh , un très beau travail sur l'année de l'atelier théâtre - place au foot avec les matchs très disputés profs-élèves. Là, je suis d'emblée sur la touche et préfère prendre des photos... je ne joue pas au foot.



La cour de l'école s'est vidée. Les chaleurs de l'été sont arrivées. Les élèves des derniers jours de classe jouent eux aussi au foot (c'est de saison !) avec leur maître.


Le crépuscule tombe sur le collège sans élèves. Petite cérémonie des au revoir et barbecue au programme en cette fin d'année.

vendredi 25 juin 2010

La couleur du bonheur, suite


Certains m'en ont réclamé...
voici quelques autres poèmes écrits par des CM2 (cliquez pour agrandir)


samedi 5 juin 2010

La couleur du bonheur

Petit retour en arrière. Des bons moments, il en existe aussi au collège...

Dans le cadre du Printemps des poètes, j'ai lancé avec l'aide des collègues intéressés un concours de poésie inter-établissements. Les élèves des CM2 des deux écoles primaires du RAR et ceux de notre collège étaient invités à écrire un poème sur le thème de cette année "Couleur femme" ou sur un thème un peu plus large "Couleur(s)". Les créations poétiques primées ont été lues par leurs jeunes auteurs dans le cadre du CDI du collège où les familles avaient été invitées. Nous avons été heureux d'accueillir les parents des écoliers car les familles viennent peu souvent au collège.
Un élève de quatrième d'origine chinoise a préféré réciter plutôt que lire son poème d'amour, ce qu'il a fait avec beaucoup de coeur ! Un moment précieux...
Poème de Julien, prix de poésie CM2

vendredi 28 mai 2010

"Ostracisme"


Aujourd'hui, c'est vendredi. Ma classe de cinquième termine sa semaine avec mon cours pour une bonne partie des élèves. Juste avant ils ont cours d'éducation physique et arrivent en nage et au compte-gouttes, les moins motivés quelques minutes après dans une deuxième vague alors que les premiers ont déjà commencé à copier dans leur agenda le travail donné pour la semaine , préalablement écrit au tableau par mes soins.
Je donne des explications supplémentaires, indique que les questions : c'est pour quand ? l'exercice on le fait sur le cahier ? trouvent leurs réponses sur le tableau -et-oui-il-faut-lire, puis après avoir fait se déplacer un agité, demandé le silence qui peine à s'installer, le cours se passe avec ce jour-là deux exposés d'élèves dont le dernier sur la Kabylie, bien préparé et bien présenté, est écouté avec intérêt.
Après la sonnerie, les élèves commencent à partir et tout en félicitant mon élève, je range mes papiers. Au même moment un élève se jette sur un autre et une violente bagarre éclate. Les deux garçons se prennent à bras le corps en bousculant les chaises et les tables, leurs visages sont crispés et tendus, l'attaquant a les traits métamorphosés, déformé par la violence , le regard haineux. Je distingue d'autres élèves qui veulent s'associer à la mêlée. Je crie à plusieurs reprises arrêtez ! tente de les séparer. Tout cela se passe très rapidement et heureusement l'attaquant, tout tremblant d'une rage qu'il ne maîtrise pas, finit par lâcher son camarade blême et tétanisé.

M. "a de l'ostracisme" m'explique une camarade chinoise de l'agressé après avoir fait rapidement voler ses doigts sur les touches de son dictionnaire électronique. Mes élèves chinois que j'ai en petit groupe en début d'après-midi m'expliquent qu'ils sont souvent la cible d'autres élèves. M. est lui d'origine maghrébine. Un collègue qui est dans l'établissement depuis 9 ans et qui habite Aubervilliers me donne son analyse : la communauté chinoise réussit mieux en travaillant davantage et suscite l'agressivité des autres "communautés".

Après avoir vérifié que l'élève agressé allait bien, dialogué avec les élèves pour essayer de comprendre cette soudaine flambée de violence, écrit un rapport d'incident, vu la Principale, la CPE, j'ai couru à l'école primaire retrouver mon groupe d'élèves de CM2.
Le groupe est sympathique. Je suis assise à côté d'un élève que je confonds un instant avec un camarade d'origine martiniquaise. Oh non moi c'est le Sénégal, rectifie-t-il d'un ton indigné, c'est lui là-bas, désigne-t-il d'un coup de menton, et avec dédain : la Martinique c'est tout petit...

mercredi 26 mai 2010

Changement de décor : la Vogalonga


Une pause de trois jours lors du week-end de la Pentecôte. Reprendre des forces en naviguant sur l'un des plus beaux plans d'eau du monde : Venise et sa lagune.

Chaque année à la même époque se tient la Vogalonga. Cette course de bateaux à rames a été créée en 1974 par une famille vénitienne , les Rosa Salva et un groupe d'amis qui utilisaient des barques traditionnelles à 6 rameurs appelées"caorline".
Le nombre de participants a rapidement augmenté et cette course de bateaux à rames s'est institutionnalisée. Outre l'aspect sportif et festif de ce rassemblement, cette régate veut aussi attirer l'attention sur les dégâts que causent la prolifération des embarcations à moteurs à Venise.
Mais plutôt qu'une régate c'est à présent une randonnée qui a réuni pour cette 36ème année 1650 embarcations et 5500 participants venant du monde entier. Même si un certain nombre de participants essaient de rallier le point d'arrivée les premiers, il n'y a pas de classement et il suffit de passer les points de contrôle pour recevoir un certificat. Cette année les premiers enregistrés venaient de Pittsburgh suivis par un Florentin et un Vénitien Quirini.
Avant le départ nous avons dû préparer avec soin nos yolettes qui ne sont pas adaptées aux vagues de la lagune . Après avoir retiré les embarcations de la remorque qui les a portées depuis la région parisienne, il faut remettre les portants, parties métalliques où reposent les avirons, et les bâcher le plus possible avec du plastique pour éviter d'embarquer de l'eau durant la course.

Le dimanche matin, un coup de canon marque le départ à 9 h dans le bassin Saint-Marc devant le palais des Doges. C'est un instant magique où une multitude d'embarcations de toutes sortes, gondoles, kayaks, yoles de mer classiques ou vénitiennes, yolettes, barques familiales, dragon boat menés au son du tambour... s'élancent joyeusement sur l'eau scintillante de la lagune.
La propulsion se fait de façon variée : on pagaie, on rame en pointe ( avec 1 seul aviron par rameur) ou en double (avec 2 avirons ), et puisque nous sommes à Venise, on rame aussi debout avec une longue et unique rame ou avec deux rames que l'on croise comme des aiguilles à tricoter.
Les tenues des rameurs sont variées et colorées, les bateaux décorés rivalisent d'originalité.
Nous étions quinze de notre club répartis sur 3 yolettes (4 rameurs et 1 barreur chacune) et notre tenue était cette année corsaire blanc, chemise blanche et chapeau... blanc, autant que possible.



Le parcours fait 32 kilomètres. Tout d'abord direction est. On contourne Sant'Elena à l'extrémité de la queue du poisson de Venise, puis cap vers le nord-est, on longe les Vignole, Sant'Erasmo, San Francesco del Deserto. On arrive à mi-parcours à Burano. A partir de là, changement de direction et cap sur Venise. On passe Mazzorbo, San Giacomo in Palude, on traverse Murano par son grand canal et on atteint Venise par le nord. Bouchons dans le canal de Canarregio sur les bords duquel les spectateurs sont massés. Applaudissements, acclamations de la foule, les rameurs vénitiens saluent en dressant tous ensemble vers le ciel leurs longues rames. A une fenêtre on aperçoit une vieille dame tapant joyeusement deux couvercles de casserole comme des cymbales. On rejoint le Canal Grande où l'on a le privilège de ramer sans la circulation des vaporettos interdite le temps de la régate, on passe sous le ponte di Rialto puis le ponte dell' accademia jusqu'à l'arrivée à la Punte Salute où le jury annonce par haut-parleur le nom des équipages et lance à chaque embarcation les médailles et certificats de participation que l'on attrape au vol.


L'une de nos yolettes figure dans le journal ! Au premier plan, vignette du haut à gauche.
(Cliquez pour agrandir la photo)

Une très belle vidéo de la course par e-venise.com. On s'y croirait ! C'est ici.
On y aperçoit 2 de nos yolettes : à 2 mn 14, celle barrée par Bernard et à 3 mn 31 celle barrée par Sophie
et des photos du blog Destination Venise

mardi 18 mai 2010

Droit de retrait


Mardi dernier (11 mai), des faits de violence nous ont amenés à faire jouer notre droit de retrait.
Ce droit de retrait peut être utilisé par tout salarié "si un agent a un motif raisonnable de penser que sa situation de travail présente un danger grave et imminent pour sa vie ou pour sa santé ou s'il constate une défectuosité dans les systèmes de protection(...) (Décret n° 95-680 du 9 mai 1995)
Mardi donc, des projectiles ont été lancés à travers la grille du collège et une surveillante qui faisait son travail à la porte a reçu une bouteille de bière dans la figure. Cet acte de violence n'était pas isolé et faisait suite à plusieurs autres. Les autorités compétentes ont été immédiatement prévenues. Dans un tel contexte on se sent très démuni. La double grille de notre établissement n'arrête pas la violence et bien sûr un climat agité à l'extérieur a ses répercussions dans le collège.
Une équipe mobile de sécurité du Rectorat de Créteil a été présente quelques jours. Ce personnel spécifique et peu nombreux (on n'en compte que 5 pour tout le département) intervient quand il y a des problèmes. Il ne s'agit pas de prévention mais de sécurisation très ponctuelle. Et après ?

Pour en savoir plus sur la différence entre "droit de retrait" et "droit de grève " , un article de Eco 89 ici.

Pour enseigner dans des conditions correctes et pour que les élèves qui nous sont confiés puissent avoir toutes leurs chances de réussite scolaire, nous avons besoin de façon urgente qu'on écoute nos demandes. Que faire quand on sait que d'années en années les difficultés sont portées à la connaissance des autorités dont nous dépendons sans que des améliorations significatives soient proposées ?
Une action d'information nous a semblé être ce que nous pouvions faire dans un premier temps.
La presse a été alertée.
Un article de l'Huma ici.

lundi 8 mars 2010

Un livre sur les banlieues françaises




On parle du collège dans Rue 89 à propos de la sortie d'un livre "La Loi du ghetto" de Luc Bronner, un journaliste qui suit l'actualité des banlieues depuis 2005 au Monde. La situation effrayante évoquée remonte à 2008.
Lire l'article ici.


Addendum du 08-05-10
: Dans cet article le journaliste cite des lettres d'élèves du collège qu'un professeur de français a fait rédiger à ses élèves. Ils s'exprimaient sur la violence qu'ils connaissaient dans leur quotidien en s'adressant à l'Inspecteur d'Académie.
Depuis la parution de cet article, j'ai eu l'occasion d'en parler avec des personnes qui étaient au collège à ce moment-là et en particulier l'équipe de direction. Celle-ci pense que le journaliste a été "naïf "en ne faisant pas la part des choses alors que ces témoignages répondaient à la demande particulière d'un professeur. Quoi qu'il en soit, même si la réalité reflétée par ces lettres est partielle en ne présentant que les aspects négatifs et insupportables de la vie des collégiens, elles expriment des difficultés et une angoisse réelle.
Le terme "ghetto" est malheureusement juste. Les professeurs des écoles avec lesquels je travaille m'ont expliqué que 60 % des CM2 demandent à être affectés en 6ème ailleurs qu'au collège Jean Moulin dont ils dépendent. La mixité sociale est pratiquement inexistante même si toutes les dérogations n'aboutissent pas et s'il semble qu'il y aura un peu moins de "fuite" d'élèves à la rentrée prochaine. La possibilité récente d' étudier le chinois au collège a attiré des inscriptions et les efforts faits pour donner une meilleure image de l'établissement commenceraient à porter des fruits.
Malgré ces timides progrès, la situation reste difficile à vivre. Hier, malgré les grilles, des personnes extérieures au collège ont fait intrusion en menaçant le gardien, le chef d'établissement et en allant jusque dans une classe s'en prendre à une collègue. (Lire son témoignage ici.)

vendredi 12 février 2010

Je vais à l'école


La mission d'un professeur référent est aussi celle de créer du lien entre le collège et les écoles du réseau. Notre RAR (Réseau Ambition Réussite) comprend 2 écoles primaires. Nous sommes 4 professeurs référents au collège : un professeur de mathématiques, un professeur des écoles spécialisé en psychologie de l'éducation et 2 professeurs de français nouvellement nommées pour cette mission. Les professeurs référents se partagent des heures à effectuer dans les écoles pour faire de la co-intervention dans le but d'aider à la réussite scolaire des élèves et à une bonne entrée en sixième des CM2.

J'interviens donc dans 3 CM2 d'une école. Chaque classe est différente, déjà par son organisation spatiale. Une disposition assez classique face au tableau, ou au contraire des tables disposées pour des travaux de groupes. Toujours un coin lecture, un coin ordinateur plus ou moins important, un décor dépouillé ou foisonnant d'affiches, d'aide-mémoires...
Ensuite c'est la personnalité des maîtres qui joue et c'est très intéressant pour un professeur de collège de voir ce qui se passe en CM2. La vie de classe et le travail sont vraiment différents de ce qui existe au collège. On retrouve cependant les mêmes difficultés d'apprentissage .
Les classes de primaire ont elles aussi bien sûr un assez grand nombre d' élèves d'origine étrangère. Le travail en français vise à l'acquisition de la maîtrise du langage et porte sur l'enrichissement du lexique. Pour motiver les élèves, les professeurs d'école ont mis en place des projets auxquels nous apporterons notre contribution.
Les résultats aux évaluations de janvier sont faibles : 80 % des élèves ont en dessous de 50% de réussite pour le français et 76 % en dessous de 50 % de réussite pour les mathématiques.
Il y a du travail en perspective...



mercredi 10 février 2010

DAE



La salle du DAE (vide!)
appelée par certains profs "cellule de dégrisement"
et par certains élèves "la prison"



Le mardi j'ai deux heures de DAE. Encore un sigle... l'éducation nationale n'en manque pas comme vous avez pu le constater.

Le DAE, "Dispositif interne d'Accueil des Exclus" a été mis en place au collège en 2007 pour accueillir les élèves exclus pendant une heure de cours ou durant plusieurs jours (on parle alors d' "exclusion interne"). Il permet d'accueillir dans une petite salle au maximum 8 élèves. Au lieu de se retrouver dans une salle de permanence bondée avec d'autres élèves ou d'engorger le bureau du CPE, l'élève exclus est d'abord invité à mener une réflexion sur son exclusion : les raisons, comment l'éviter. On commence par essayer de dialoguer après que l'élève a retrouvé son calme. Il consigne ensuite par écrit cette réflexion sur une feuille imprimée puis il fait le travail demandé par son professeur et peut être aidé et encouragé par l'enseignant présent. Enfin, ça c'est en théorie, ce n'est pas toujours aussi simple comme nous le verrons.

Lors d'un échange sur le fonctionnement de l'établissement, alors que je parlais à la principale du collège des problèmes de bruit dans les couloirs et les escaliers, celle-ci avait répondu qu'il y avait une nette amélioration depuis la mise en place du DAE avec moins de perturbations dans les lieux de passage. Il est aussi noté dans le dossier d'auto-évaluation du réseau qu'on constate moins d'exclusions de cours et moins d'intrusions dans les classes, de coups dans les portes, de projectiles lancés...
Cependant ce dispositif est remis en question car il mobilise beaucoup d'heures de professeurs et la preuve de son efficacité est chaque année à justifier. Certains pensent qu'on se débarrasse ainsi des élèves perturbateurs et que cela ne leur apporte rien. Pour avoir testé ce dispositif puisque j'ai 2 heures de DAE par semaine, je pense que c'est déjà un mieux si l'élève qui dérange le cours est pris en charge et que ce n'est pas du luxe de pouvoir prendre le temps de l'écouter et peut-être d'établir une relation plus apaisée entre jeune et adulte. On peut aussi apporter une aide pédagogique mais pour cela il faut que l'élève accepte de se mettre au travail et ne reste pas dans le refus.

Donc, hier c'était calme, grève oblige. Mais cela peut être "chaud" quand on fait le plein de "terribles".
Peu de temps après le début de la première heure on frappe à la porte. C'en est un avec son "camarade accompagnateur". Je le reconnais. C'est un cinquième, il s'est fait exclure le mardi précédent à la même heure, du cours d'arts plastiques. Mêmes causes, mêmes effets : comportement agité, perturbe le cours.
E. s'assoit brutalement sur le siège que je lui désigne, tourne la tête de l'autre côté, blouson bien sûr fermé jusqu'en haut. La semaine précédente le professeur avait indiqué le sujet du travail à faire : "Dessiner l'intérieur d'un cerveau". Aujourd'hui, c'est un "jour de pluie" qui est le thème ...
Mon bonhomme , fermé comme une huître, ne desserre pas les dents.

- Rappelle-moi ton prénom.
- ...
- Tant pis, je regarde dans le carnet de correspondance.

Il ne jette même pas un regard sur la feuille que je tente de lui faire remplir. Quant à exécuter la tâche demandée par le professeur...
Les photocopies que j'ai trouvées dans l'armoire de la salle avec des modèles de dessins à exécuter sont elles aussi dédaignées.
Il reste obstinément muet. Je lui rappelle que je lui avais raconté un épisode du Roi Arthur (le livre que je lisais pour mes cinquièmes) l'autre semaine. Tiens, je vois qu'il jette un petit coup d'oeil vers moi. Je lui montre le livre que je lis alors sur l'origine de la langue française. Je tente une question : A ton avis combien y a -t-il de langues différentes dans le monde , 400, 4000 ou 40000 ? Pas de réponse. Je donne la solution. Je sais que mon huître écoute.

Tout à l'heure il partira dès la sonnerie et je lui arracherai un "au revoir" prononcé à la sauvette.

mardi 9 février 2010

Mouvement de grève à Aubervilliers




Aujourd'hui le collège était en grève. Ras le bol des conditions de travail et peur qu'elles se dégradent encore plus. Rue 89 parle de ce mouvement qui a commencé à l'initiative des professeurs du lycée Henri Wallon à Aubervilliers : "Ce petit lycée qui propage partout sa grève en ville."

mercredi 20 janvier 2010

Les premiers jours



Pourquoi ce débrayage le jeudi où j'ai découvert le collège ? Les collègues ont parlé d'un mouvement de solidarité pour soutenir un surveillant sanctionné par l'administration. Les élèves eux ne m'ont parlé que des bagarres avec des boules de neige qui visaient aussi les profs et de la police qui est intervenue.

J'ai donc fait ma rentrée le 4 janvier où j'ai vu toutes mes classes. J'ai une cinquième à 24 élèves (le nombre maximum dans ce type d'établissement) . Huit d'entre eux viennent de CLA, c'est-à dire qu'ils étaient l'an dernier en "classe d'accueil" pour non francophones. Cela signifie qu'ils sont en France en moyenne depuis 1 an et demi et qu'ils doivent suivre à présent le même cursus que leurs camarades. Ils bénéficient donc en français de 3 heures en plus des 4 heures en classe entière pour être aidés. J'ai aussi une heure à faire avec les CLA (non francophones) et une heure avec les NSA ("non scolarisés antérieurement"). Ces classes réunissent des élèves nouvellement arrivés et de tous les âges. Les élèves viennent de Chine, de Roumanie, d'Afrique, du Maghreb, de Haïti...


Le collège est un établissement très dégradé qui doit être démoli et reconstruit. En attendant, pas de travaux d'amélioration. Il reste donc en l'état et la reconstruction ne se fera pas avant 2012. (Un article du Parisien 93 évoquait déjà cette situation en novembre 2008.)
Ce qui frappe tout d'abord est la saleté de certaines salles. Comme le personnel est insuffisant (le chef d'établissement a expliqué avoir fait des demandes qui n'ont pas abouti), qu'il y a des arrêts maladie de longue durée, le ménage n'est pas fait partout et la priorité n'est pas pour les salles de classe.
Dès qu'il manque des surveillants ou des CPE " conseillers principaux d'éducation " qui sont au nombre de 3 et dont le travail est énorme, le collège est encore plus agité qu'à l'ordinaire. Bousculades et bagarres dans les escaliers, galopades dans les couloirs, claquements de portes, hurlements ou cris d'animaux...

mercredi 13 janvier 2010

Prof référent

C'est quoi un poste de professeur "référent" ?

Le poste de professeur "référent" ou "supplémentaire" a été créé lors de la mise en place des RAR, "réseaux ambition-réussite"en 2006. Et pourquoi les RAR ? En voici le rapide historique : le nombre d'établissement classés ZEP ayant constamment augmenté, le ministère de l'Education nationale a voulu donner plus à ceux qui en ont le plus besoin et éviter un émiettage des moyens qui ne permettait pas de corriger les effets des inégalités sociales et économiques . Des moyens supplémentaires ont donc été affectés pour les établissements les plus difficiles de l'Education Prioritaire.

Cependant les syndicats enseignants n'ont pas vu d'un bon oeil ces mesures en craignant qu'on déshabille Pierre pour habiller Paul et que cela se traduise par une diminution de moyens pour des établissements qui restent difficiles. Ils auraient par ailleurs préféré que ces moyens soient utilisés pour dédoubler les classes dans certaines matières comme par exemple les langues vivantes ou pour avoir de effectifs moins nombreux (même si en ZEP le nombre d'élèves ne peut pas pas excéder 24 par classe, cela reste lourd quand plus de la moitié sont des profils à problèmes). C'est pourquoi ce plan n'a pas eu l'adhésion des enseignants et le rectorat peine à trouver des professeurs volontaires. Alors qu'il s'agit d'une mission confiée à des professeurs expérimentés et motivés (ce sont des postes "à profil"et on doit y postuler), ces postes sont souvent confiés à qui veut les prendre.
La mission du professeur référent est de favoriser la liaison entre le primaire et le collège, de mettre en place des projets pour lutter contre l'échec scolaire, d'aider les collègues en faisant par exemple de la co-animation et de s'occuper des élèves en grand difficulté ( mise en place de PPRE : "programmes personnalisés de réussite éducative").

Voici pourquoi, un poste de professeur référent manquant au collège, j'ai été recrutée très peu de temps après ma demande de réintégration et voici pourquoi dès mon arrivée, j'ai perçu des réserves de la part de collègues quant au bien fondé de ma fonction ou tout du moins une certaine indifférence.