jeudi 8 juillet 2010

Lectures



Aujourd'hui, je vais rendre les derniers ouvrages que j'ai empruntés à la bibliothèque. Un peu polarde, ces derniers temps...

Certains de ces livres sont des témoignages de profs en ZEP : Tombeau pour un collège, 2008, de Mara Goyet, professeur d'histoire-géographie depuis 10 ans et Ecole terrain miné, 2005, de Carole Diamant, professeur de philosophie à Saint-Ouen depuis 15 ans. Ce sont des livres vite lus qui narrent des moments d'une expérience professionnelle dans des établissements difficiles et amorcent quelques réflexions sur l'état de l'institution scolaire. J'y retrouve beaucoup de notre vécu au collège. C'est à la fois rassurant (je ne suis pas la seule...) et inquiétant : nous sommes loin d'être une exception. Le fil conducteur des livres est pour l'un l'autorité, l'autre la transmission. Les témoignages oscillent entre moments de découragement et moments de grâce porteurs d'espoir, le lot de notre métier.

Portrait de l'écrivain en IUFM, 2004, La Dispute, de Jean-Claude Montel raconte les premières expériences d'animation d'atelier d'écriture de l'auteur avec des professeurs stagiaires d'école. C'est un livre écrit à la va-vite et assez agaçant par le ton souvent méprisant (bien qu'il s'en défende) de l'auteur. Quelques évocations de la pédagogie mise en oeuvre dans des classes de CM2 ont retenu mon attention mais rien n'est vraiment approfondi.

Pour rire (jaune ?), toujours sur les ateliers d'écriture mais cette fois en direction des élèves, le livre à l'humour grinçant que je viens de terminer : L'atelier d'écriture de Chefdeville, 2009, Le Dilettante.

Les oubliés de l'école en France, ouvrage réalisé par l'Observatoire de l'enfance en France sous la direction de Gabriel Langouët (Hachette 2003) rassemble différentes contributions dont celles d'enseignants-chercheurs sur le sujet de l'état du système éducatif. Dans la 3ème partie , une réflexion sur la violence à l'école et la 4ème partie : "Des initiatives face aux décrochages " n'ont pas perdu de leur actualité.

vendredi 2 juillet 2010

Trajets


Je refais une fois encore mon trajet : RER A, changement à Opéra puis ligne 7. Le couloir qui relie Auber à Opéra est violemment éclairé de rouge. Assis en tailleur devant les tapis roulants, le même homme à l'âge indéfini, certainement encore jeune, salue sans se lasser les voyageurs pressés : Bonne journée ! Bonne journée !
Vite, s'engouffrer dans un des grands ascenseurs, grimper un escalier, suivre le couloir courbe jusqu'au quai, se positionner à l'endroit de la sortie. A Quatre Chemins, un courant d'air puissant nous accueille, glacé en hiver. Dans le couloir qui mène à l'extérieur, il y a souvent une femme qui mendie d'une voix plaintive, parfois avec un enfant dans les bras. Dehors, à croupetons devant la banque c'est un vieil homme. Ne pas s'habituer.



Affichée dans les compartiments du métro, pourquoi suscite-t-elle en moi cet agacement? Le regard est perdu dans le lointain, l'expression pensive. Elle est absorbée dans ses réflexions sur son métier de prof. Par la mise en scène du discours indirect rétrospectif de cette "Marianne", l'affiche publicitaire vante l'engagement et le sérieux des profs employés par une société privée de cours particuliers.
Pressée et bringuebalée au milieu de la foule compacte des travailleurs du matin, je vais retrouver mes élèves, ceux qui ne croient plus à l'intérêt de l'école sinon pour en faire un grand terrain de jeu, ceux dont on ne peut pas s'occuper comme il le faudrait parce que leurs difficultés sont énormes et la classe trop chargée (quoi qu'on en dise ! ), ceux dont la famille se désintéresse ou dont les conditions de vie ne sont pas supportables. Trouveront-il une place, eux, pour l'envie d'apprendre ?

jeudi 1 juillet 2010

Hier et aujourd'hui


Près de la mairie d'Aubervilliers, sur les grilles du square Stalingrad, des photographies de Willy Ronis et de photographes contemporains albertivillariens (on dit comme ça !) sont accrochées.
Des enfants et des adolescents d'Aubervilliers regardent l'objectif ou, ignorant la présence du photographe, apparaissent absorbés dans les occupations de leur quotidien, à l'école, chez eux ou dans la rue. Certains ont été photographiés enfants et des années plus tard, jeunes adultes.
L'enfance dans le regard de Willy Ronis, c'est jusqu'au 31 juillet.




Toujours à Aubervilliers, 60 ans plus tard, mes élèves de NSA très concentrés !

mercredi 30 juin 2010

Un parfum de vacances



Après les représentations de fin d'année - concerts des chorales, représentation de la pièce Le bal des voleurs de Jean Anouilh , un très beau travail sur l'année de l'atelier théâtre - place au foot avec les matchs très disputés profs-élèves. Là, je suis d'emblée sur la touche et préfère prendre des photos... je ne joue pas au foot.



La cour de l'école s'est vidée. Les chaleurs de l'été sont arrivées. Les élèves des derniers jours de classe jouent eux aussi au foot (c'est de saison !) avec leur maître.


Le crépuscule tombe sur le collège sans élèves. Petite cérémonie des au revoir et barbecue au programme en cette fin d'année.

vendredi 25 juin 2010

La couleur du bonheur, suite


Certains m'en ont réclamé...
voici quelques autres poèmes écrits par des CM2 (cliquez pour agrandir)


samedi 5 juin 2010

La couleur du bonheur

Petit retour en arrière. Des bons moments, il en existe aussi au collège...

Dans le cadre du Printemps des poètes, j'ai lancé avec l'aide des collègues intéressés un concours de poésie inter-établissements. Les élèves des CM2 des deux écoles primaires du RAR et ceux de notre collège étaient invités à écrire un poème sur le thème de cette année "Couleur femme" ou sur un thème un peu plus large "Couleur(s)". Les créations poétiques primées ont été lues par leurs jeunes auteurs dans le cadre du CDI du collège où les familles avaient été invitées. Nous avons été heureux d'accueillir les parents des écoliers car les familles viennent peu souvent au collège.
Un élève de quatrième d'origine chinoise a préféré réciter plutôt que lire son poème d'amour, ce qu'il a fait avec beaucoup de coeur ! Un moment précieux...
Poème de Julien, prix de poésie CM2

vendredi 28 mai 2010

"Ostracisme"


Aujourd'hui, c'est vendredi. Ma classe de cinquième termine sa semaine avec mon cours pour une bonne partie des élèves. Juste avant ils ont cours d'éducation physique et arrivent en nage et au compte-gouttes, les moins motivés quelques minutes après dans une deuxième vague alors que les premiers ont déjà commencé à copier dans leur agenda le travail donné pour la semaine , préalablement écrit au tableau par mes soins.
Je donne des explications supplémentaires, indique que les questions : c'est pour quand ? l'exercice on le fait sur le cahier ? trouvent leurs réponses sur le tableau -et-oui-il-faut-lire, puis après avoir fait se déplacer un agité, demandé le silence qui peine à s'installer, le cours se passe avec ce jour-là deux exposés d'élèves dont le dernier sur la Kabylie, bien préparé et bien présenté, est écouté avec intérêt.
Après la sonnerie, les élèves commencent à partir et tout en félicitant mon élève, je range mes papiers. Au même moment un élève se jette sur un autre et une violente bagarre éclate. Les deux garçons se prennent à bras le corps en bousculant les chaises et les tables, leurs visages sont crispés et tendus, l'attaquant a les traits métamorphosés, déformé par la violence , le regard haineux. Je distingue d'autres élèves qui veulent s'associer à la mêlée. Je crie à plusieurs reprises arrêtez ! tente de les séparer. Tout cela se passe très rapidement et heureusement l'attaquant, tout tremblant d'une rage qu'il ne maîtrise pas, finit par lâcher son camarade blême et tétanisé.

M. "a de l'ostracisme" m'explique une camarade chinoise de l'agressé après avoir fait rapidement voler ses doigts sur les touches de son dictionnaire électronique. Mes élèves chinois que j'ai en petit groupe en début d'après-midi m'expliquent qu'ils sont souvent la cible d'autres élèves. M. est lui d'origine maghrébine. Un collègue qui est dans l'établissement depuis 9 ans et qui habite Aubervilliers me donne son analyse : la communauté chinoise réussit mieux en travaillant davantage et suscite l'agressivité des autres "communautés".

Après avoir vérifié que l'élève agressé allait bien, dialogué avec les élèves pour essayer de comprendre cette soudaine flambée de violence, écrit un rapport d'incident, vu la Principale, la CPE, j'ai couru à l'école primaire retrouver mon groupe d'élèves de CM2.
Le groupe est sympathique. Je suis assise à côté d'un élève que je confonds un instant avec un camarade d'origine martiniquaise. Oh non moi c'est le Sénégal, rectifie-t-il d'un ton indigné, c'est lui là-bas, désigne-t-il d'un coup de menton, et avec dédain : la Martinique c'est tout petit...