vendredi 2 juillet 2010

Trajets


Je refais une fois encore mon trajet : RER A, changement à Opéra puis ligne 7. Le couloir qui relie Auber à Opéra est violemment éclairé de rouge. Assis en tailleur devant les tapis roulants, le même homme à l'âge indéfini, certainement encore jeune, salue sans se lasser les voyageurs pressés : Bonne journée ! Bonne journée !
Vite, s'engouffrer dans un des grands ascenseurs, grimper un escalier, suivre le couloir courbe jusqu'au quai, se positionner à l'endroit de la sortie. A Quatre Chemins, un courant d'air puissant nous accueille, glacé en hiver. Dans le couloir qui mène à l'extérieur, il y a souvent une femme qui mendie d'une voix plaintive, parfois avec un enfant dans les bras. Dehors, à croupetons devant la banque c'est un vieil homme. Ne pas s'habituer.



Affichée dans les compartiments du métro, pourquoi suscite-t-elle en moi cet agacement? Le regard est perdu dans le lointain, l'expression pensive. Elle est absorbée dans ses réflexions sur son métier de prof. Par la mise en scène du discours indirect rétrospectif de cette "Marianne", l'affiche publicitaire vante l'engagement et le sérieux des profs employés par une société privée de cours particuliers.
Pressée et bringuebalée au milieu de la foule compacte des travailleurs du matin, je vais retrouver mes élèves, ceux qui ne croient plus à l'intérêt de l'école sinon pour en faire un grand terrain de jeu, ceux dont on ne peut pas s'occuper comme il le faudrait parce que leurs difficultés sont énormes et la classe trop chargée (quoi qu'on en dise ! ), ceux dont la famille se désintéresse ou dont les conditions de vie ne sont pas supportables. Trouveront-il une place, eux, pour l'envie d'apprendre ?

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