mercredi 10 février 2010

DAE



La salle du DAE (vide!)
appelée par certains profs "cellule de dégrisement"
et par certains élèves "la prison"



Le mardi j'ai deux heures de DAE. Encore un sigle... l'éducation nationale n'en manque pas comme vous avez pu le constater.

Le DAE, "Dispositif interne d'Accueil des Exclus" a été mis en place au collège en 2007 pour accueillir les élèves exclus pendant une heure de cours ou durant plusieurs jours (on parle alors d' "exclusion interne"). Il permet d'accueillir dans une petite salle au maximum 8 élèves. Au lieu de se retrouver dans une salle de permanence bondée avec d'autres élèves ou d'engorger le bureau du CPE, l'élève exclus est d'abord invité à mener une réflexion sur son exclusion : les raisons, comment l'éviter. On commence par essayer de dialoguer après que l'élève a retrouvé son calme. Il consigne ensuite par écrit cette réflexion sur une feuille imprimée puis il fait le travail demandé par son professeur et peut être aidé et encouragé par l'enseignant présent. Enfin, ça c'est en théorie, ce n'est pas toujours aussi simple comme nous le verrons.

Lors d'un échange sur le fonctionnement de l'établissement, alors que je parlais à la principale du collège des problèmes de bruit dans les couloirs et les escaliers, celle-ci avait répondu qu'il y avait une nette amélioration depuis la mise en place du DAE avec moins de perturbations dans les lieux de passage. Il est aussi noté dans le dossier d'auto-évaluation du réseau qu'on constate moins d'exclusions de cours et moins d'intrusions dans les classes, de coups dans les portes, de projectiles lancés...
Cependant ce dispositif est remis en question car il mobilise beaucoup d'heures de professeurs et la preuve de son efficacité est chaque année à justifier. Certains pensent qu'on se débarrasse ainsi des élèves perturbateurs et que cela ne leur apporte rien. Pour avoir testé ce dispositif puisque j'ai 2 heures de DAE par semaine, je pense que c'est déjà un mieux si l'élève qui dérange le cours est pris en charge et que ce n'est pas du luxe de pouvoir prendre le temps de l'écouter et peut-être d'établir une relation plus apaisée entre jeune et adulte. On peut aussi apporter une aide pédagogique mais pour cela il faut que l'élève accepte de se mettre au travail et ne reste pas dans le refus.

Donc, hier c'était calme, grève oblige. Mais cela peut être "chaud" quand on fait le plein de "terribles".
Peu de temps après le début de la première heure on frappe à la porte. C'en est un avec son "camarade accompagnateur". Je le reconnais. C'est un cinquième, il s'est fait exclure le mardi précédent à la même heure, du cours d'arts plastiques. Mêmes causes, mêmes effets : comportement agité, perturbe le cours.
E. s'assoit brutalement sur le siège que je lui désigne, tourne la tête de l'autre côté, blouson bien sûr fermé jusqu'en haut. La semaine précédente le professeur avait indiqué le sujet du travail à faire : "Dessiner l'intérieur d'un cerveau". Aujourd'hui, c'est un "jour de pluie" qui est le thème ...
Mon bonhomme , fermé comme une huître, ne desserre pas les dents.

- Rappelle-moi ton prénom.
- ...
- Tant pis, je regarde dans le carnet de correspondance.

Il ne jette même pas un regard sur la feuille que je tente de lui faire remplir. Quant à exécuter la tâche demandée par le professeur...
Les photocopies que j'ai trouvées dans l'armoire de la salle avec des modèles de dessins à exécuter sont elles aussi dédaignées.
Il reste obstinément muet. Je lui rappelle que je lui avais raconté un épisode du Roi Arthur (le livre que je lisais pour mes cinquièmes) l'autre semaine. Tiens, je vois qu'il jette un petit coup d'oeil vers moi. Je lui montre le livre que je lis alors sur l'origine de la langue française. Je tente une question : A ton avis combien y a -t-il de langues différentes dans le monde , 400, 4000 ou 40000 ? Pas de réponse. Je donne la solution. Je sais que mon huître écoute.

Tout à l'heure il partira dès la sonnerie et je lui arracherai un "au revoir" prononcé à la sauvette.

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