vendredi 28 mai 2010

"Ostracisme"


Aujourd'hui, c'est vendredi. Ma classe de cinquième termine sa semaine avec mon cours pour une bonne partie des élèves. Juste avant ils ont cours d'éducation physique et arrivent en nage et au compte-gouttes, les moins motivés quelques minutes après dans une deuxième vague alors que les premiers ont déjà commencé à copier dans leur agenda le travail donné pour la semaine , préalablement écrit au tableau par mes soins.
Je donne des explications supplémentaires, indique que les questions : c'est pour quand ? l'exercice on le fait sur le cahier ? trouvent leurs réponses sur le tableau -et-oui-il-faut-lire, puis après avoir fait se déplacer un agité, demandé le silence qui peine à s'installer, le cours se passe avec ce jour-là deux exposés d'élèves dont le dernier sur la Kabylie, bien préparé et bien présenté, est écouté avec intérêt.
Après la sonnerie, les élèves commencent à partir et tout en félicitant mon élève, je range mes papiers. Au même moment un élève se jette sur un autre et une violente bagarre éclate. Les deux garçons se prennent à bras le corps en bousculant les chaises et les tables, leurs visages sont crispés et tendus, l'attaquant a les traits métamorphosés, déformé par la violence , le regard haineux. Je distingue d'autres élèves qui veulent s'associer à la mêlée. Je crie à plusieurs reprises arrêtez ! tente de les séparer. Tout cela se passe très rapidement et heureusement l'attaquant, tout tremblant d'une rage qu'il ne maîtrise pas, finit par lâcher son camarade blême et tétanisé.

M. "a de l'ostracisme" m'explique une camarade chinoise de l'agressé après avoir fait rapidement voler ses doigts sur les touches de son dictionnaire électronique. Mes élèves chinois que j'ai en petit groupe en début d'après-midi m'expliquent qu'ils sont souvent la cible d'autres élèves. M. est lui d'origine maghrébine. Un collègue qui est dans l'établissement depuis 9 ans et qui habite Aubervilliers me donne son analyse : la communauté chinoise réussit mieux en travaillant davantage et suscite l'agressivité des autres "communautés".

Après avoir vérifié que l'élève agressé allait bien, dialogué avec les élèves pour essayer de comprendre cette soudaine flambée de violence, écrit un rapport d'incident, vu la Principale, la CPE, j'ai couru à l'école primaire retrouver mon groupe d'élèves de CM2.
Le groupe est sympathique. Je suis assise à côté d'un élève que je confonds un instant avec un camarade d'origine martiniquaise. Oh non moi c'est le Sénégal, rectifie-t-il d'un ton indigné, c'est lui là-bas, désigne-t-il d'un coup de menton, et avec dédain : la Martinique c'est tout petit...

mercredi 26 mai 2010

Changement de décor : la Vogalonga


Une pause de trois jours lors du week-end de la Pentecôte. Reprendre des forces en naviguant sur l'un des plus beaux plans d'eau du monde : Venise et sa lagune.

Chaque année à la même époque se tient la Vogalonga. Cette course de bateaux à rames a été créée en 1974 par une famille vénitienne , les Rosa Salva et un groupe d'amis qui utilisaient des barques traditionnelles à 6 rameurs appelées"caorline".
Le nombre de participants a rapidement augmenté et cette course de bateaux à rames s'est institutionnalisée. Outre l'aspect sportif et festif de ce rassemblement, cette régate veut aussi attirer l'attention sur les dégâts que causent la prolifération des embarcations à moteurs à Venise.
Mais plutôt qu'une régate c'est à présent une randonnée qui a réuni pour cette 36ème année 1650 embarcations et 5500 participants venant du monde entier. Même si un certain nombre de participants essaient de rallier le point d'arrivée les premiers, il n'y a pas de classement et il suffit de passer les points de contrôle pour recevoir un certificat. Cette année les premiers enregistrés venaient de Pittsburgh suivis par un Florentin et un Vénitien Quirini.
Avant le départ nous avons dû préparer avec soin nos yolettes qui ne sont pas adaptées aux vagues de la lagune . Après avoir retiré les embarcations de la remorque qui les a portées depuis la région parisienne, il faut remettre les portants, parties métalliques où reposent les avirons, et les bâcher le plus possible avec du plastique pour éviter d'embarquer de l'eau durant la course.

Le dimanche matin, un coup de canon marque le départ à 9 h dans le bassin Saint-Marc devant le palais des Doges. C'est un instant magique où une multitude d'embarcations de toutes sortes, gondoles, kayaks, yoles de mer classiques ou vénitiennes, yolettes, barques familiales, dragon boat menés au son du tambour... s'élancent joyeusement sur l'eau scintillante de la lagune.
La propulsion se fait de façon variée : on pagaie, on rame en pointe ( avec 1 seul aviron par rameur) ou en double (avec 2 avirons ), et puisque nous sommes à Venise, on rame aussi debout avec une longue et unique rame ou avec deux rames que l'on croise comme des aiguilles à tricoter.
Les tenues des rameurs sont variées et colorées, les bateaux décorés rivalisent d'originalité.
Nous étions quinze de notre club répartis sur 3 yolettes (4 rameurs et 1 barreur chacune) et notre tenue était cette année corsaire blanc, chemise blanche et chapeau... blanc, autant que possible.



Le parcours fait 32 kilomètres. Tout d'abord direction est. On contourne Sant'Elena à l'extrémité de la queue du poisson de Venise, puis cap vers le nord-est, on longe les Vignole, Sant'Erasmo, San Francesco del Deserto. On arrive à mi-parcours à Burano. A partir de là, changement de direction et cap sur Venise. On passe Mazzorbo, San Giacomo in Palude, on traverse Murano par son grand canal et on atteint Venise par le nord. Bouchons dans le canal de Canarregio sur les bords duquel les spectateurs sont massés. Applaudissements, acclamations de la foule, les rameurs vénitiens saluent en dressant tous ensemble vers le ciel leurs longues rames. A une fenêtre on aperçoit une vieille dame tapant joyeusement deux couvercles de casserole comme des cymbales. On rejoint le Canal Grande où l'on a le privilège de ramer sans la circulation des vaporettos interdite le temps de la régate, on passe sous le ponte di Rialto puis le ponte dell' accademia jusqu'à l'arrivée à la Punte Salute où le jury annonce par haut-parleur le nom des équipages et lance à chaque embarcation les médailles et certificats de participation que l'on attrape au vol.


L'une de nos yolettes figure dans le journal ! Au premier plan, vignette du haut à gauche.
(Cliquez pour agrandir la photo)

Une très belle vidéo de la course par e-venise.com. On s'y croirait ! C'est ici.
On y aperçoit 2 de nos yolettes : à 2 mn 14, celle barrée par Bernard et à 3 mn 31 celle barrée par Sophie
et des photos du blog Destination Venise

mardi 18 mai 2010

Droit de retrait


Mardi dernier (11 mai), des faits de violence nous ont amenés à faire jouer notre droit de retrait.
Ce droit de retrait peut être utilisé par tout salarié "si un agent a un motif raisonnable de penser que sa situation de travail présente un danger grave et imminent pour sa vie ou pour sa santé ou s'il constate une défectuosité dans les systèmes de protection(...) (Décret n° 95-680 du 9 mai 1995)
Mardi donc, des projectiles ont été lancés à travers la grille du collège et une surveillante qui faisait son travail à la porte a reçu une bouteille de bière dans la figure. Cet acte de violence n'était pas isolé et faisait suite à plusieurs autres. Les autorités compétentes ont été immédiatement prévenues. Dans un tel contexte on se sent très démuni. La double grille de notre établissement n'arrête pas la violence et bien sûr un climat agité à l'extérieur a ses répercussions dans le collège.
Une équipe mobile de sécurité du Rectorat de Créteil a été présente quelques jours. Ce personnel spécifique et peu nombreux (on n'en compte que 5 pour tout le département) intervient quand il y a des problèmes. Il ne s'agit pas de prévention mais de sécurisation très ponctuelle. Et après ?

Pour en savoir plus sur la différence entre "droit de retrait" et "droit de grève " , un article de Eco 89 ici.

Pour enseigner dans des conditions correctes et pour que les élèves qui nous sont confiés puissent avoir toutes leurs chances de réussite scolaire, nous avons besoin de façon urgente qu'on écoute nos demandes. Que faire quand on sait que d'années en années les difficultés sont portées à la connaissance des autorités dont nous dépendons sans que des améliorations significatives soient proposées ?
Une action d'information nous a semblé être ce que nous pouvions faire dans un premier temps.
La presse a été alertée.
Un article de l'Huma ici.